Le blé

Le blé est un terme générique qui désigne un ensemble de plantes du genre triticum. Le genre triticum fait partie de la grande famille des graminées, celle-ci regroupe notamment les céréales des genres secale (seigle), hordeum (orge), avena (avoine), oryza (riz), ... Le blé noir ou sarrasin fait partie de la famille des polygonacées, ce n'est pas une graminée, mais est considéré comme une pseudo-céréale.

L'histoire des blés commence il y a plus d'un million d'années. Les premiers blés apparaissent à la surface de la terre, ce sont les blés sauvages. Au départ les blés sauvages sont diploïdes, ils possèdent 2 paires de 7 chromosomes, comme d'autres graminées sauvages, notamment les égilopes. L'engrain ou petit épeautre (triticum monococcum) est la forme domestiquée d'un blé sauvage diploïde (triticum monococcoïdes).

Les blés vont connaître une évolution particulière faite d'accidents naturels qui vont permettre des croisement entre deux genres différents.

Le premier événement est le croisement d'un blé sauvage (triticum urartu) et d'une égilope. Ce croisement n'a pas débouché sur un mélange des caractéristiques génétiques des 2 graminées, mais sur une superposition des chromosomes, il s'agit d'une polyploïdisation, fréquente chez les graminées. Le blé qui en résulte est tétraploïde, il est composé de 4 paires de 7 chromosomes, les 2 paires du blé urartu et les 2 paires de l'égilope. Cet événement a eu lieu il y a environ 500 000 ans et a conduit à l'apparition de l'amidonnier sauvage. Ce blé sera domestiqué par l'homme et donnera également de nouvelles sous-espèces, notamment le poulard, le khorasan, le polonicum, le blé dur, ...

Le second événement est une nouvelle polyploïdisation qui a eu lieu au cours de la domestication, il y a plus de 10.000 ans, entre l'amidonnier cultivé tétraploïde et une égilope diploïde. Le blé qui en a résulté possède 6 paires de 7 chromosomes, c'est un blé hexaploïde, il donnera le froment et l'épeautre.

Des blés anciens ... vers une sélection nouvelle

Qu'est qu'un blé ancien ? La question n'est pas banale et dépend du point de vue. Si l'on regarde l'ordre d'apparition des blés, les variétés diploïdes sont les plus anciennes. Il s'agit donc de l'engrain, bien que l'amidonnier soit apparu il y a 500.000 ans et que le froment et l'épeautre ont plus de 10.000 ans.

Voyons les blés anciens du point de vue de la sélection. Il y a une première distinction à faire entre la sélection naturelle, la sélection massale et la sélection dirigée.

La sélection naturelle s'opère d'elle-même dans les champs sans l'intervention de l'homme. Le blé étant principalement autogame, il y a chaque année peu de croisements spontanés. Les individus mieux adaptés à leur environnement laisseront plus de descendants que les autres, tandis que les moins adaptés disparaîtront progressivement. L'évolution naturelle d'un champ est relativement lente du fait du faible taux de croisement

La sélection massale est la première forme d'intervention de l'homme, elle a été pratiquée pendant des siècles par les paysans qui lors de la récolte sélectionnent les grains à ressemer. Cette sélection peut être :

  • positive : les plus beaux épis sont conservés
  • négative : les épis les moins beaux sont éliminés
  • conservatrice : les épis conservés sont représentatifs de l'ensemble des épis présents dans le champ

Les variétés qui résultent de ce type de sélection sont des variétés populations. Les blés d'une telle variété présentent des caractères communs mais certains caractères varient. Ces blés autochtones sont particulièrement adaptés à leur milieu, terroir et climat. Ils sont également appelés variété locale ou blé de pays (landraces) comme par exemple le rouge de Bordeaux, le blanc des Flandres, la touzelle, la nonette de Lausanne, ...

La sélection dirigée apparaît en France sous l'impulsion de Louis de Vilmorin (1816-1860) qui va croiser deux variétés de blé afin d'allier les qualités des deux variétés sans leurs inconvénients. Ainsi à partir d'une variété peu productive mais de bonne qualité et une variété productive mais de faible qualité, il obtient en sélectionnant les descendants sur plusieurs saisons des variétés productives de bonne qualité.

Mais c'est Henry de Vilmorin (1843-1899) qui ira plus loin en fixant les caractères dans des lignées pures obtenues par croisement, suivi de sélections et autofécondations successives pendant une dizaines d'années. La méthode moderne de sélection est née.

Ensuite le 20e siècle voit l’avènement, des intrants chimiques (pesticides, engrais, raccourcisseurs de tiges, ...), de l'intensification de l'agriculture et des biotechnologies. Dès 1930 des méthodes sont développées pour introduire des gènes de résistance aux maladies venant de graminées sauvages. Mais c'est surtout après la seconde guerre mondiale que les variétés modernes vont petit à petit dominer le marché de la semence au point d'en évincer totalement les blés de pays. Le rendement du blé a quintuplé en 100 ans, la force boulangère a également quintuplé en 100 ans face aux exigences de l'industrie. Mais à quel prix ?

Aujourd'hui certains paysans ont repris leur autonomie semencière en main. Ils ressèment d'anciennes variétés, les mélangent ensemble dans les champs, croisent d'anciennes variétés entre elles, recréent des populations, sélectionnent des mélanges des croisements de populations, ... dans le but d'augmenter la diversité et l'adaptabilité de leurs cultures. Les rendements sont bien souvent inférieurs aux variétés modernes, mais ils ne dépendent plus des intrants chimiques et sont plus résilients face aux aléas climatiques et aux accidents de culture.